James Thiérrée, "Raoul"

Publié le par Lilie

On entre dans un décor de navire : voiles froissées naufragées et vivantes. Et puis tout se meut et apparait comme une cabane.
James (oui, ayant eu le bonheur de voir ses 3 précédents spectacles et étant une fan absolue, je me donne le droit de l'appeler par son prénom) est seul sur scène. Enfin presque, parce que James est magcien, entouré d'un bestiaire fantastique et que, comme à chaque fois, tout autour de lui est vivant. Même son corps a une vie propre.
Dans ce cirque-théâtre-danse, James poète extraordinaire, donne à voir l'invisible. Hier et avant-hier, j'écrivais cela :

La veillée des abysses (novembre 2004)
"Les mots me manquent mais comment ne pas écrire après un tel voyage ? Ce sont des personnages facétieux, présents par on ne sait quel mystère (perdus ? A moins que ce ne soit leur monde à eux ?) dans un grenier où tout a une vie qui lui est propre : le corps, chaque partie du corps, les objets... Tout est possible, tout est mouvement, tout existe ! Trouver le mot précis pour décrire l'émotion détruirait tout. "C'est un voyage extraordinaire" devrait suffire.
Je voudrais que ma vie soit ainsi, peuplée ainsi. C'est si beau ! Profondément, j'aimerais avoir ma petite place dans ce monde-là. Peut-être l'ai-je déjà, d'ailleurs, puisque James Thiérrée me ménage le droit d'être spectateur... comme si, petite souris, je me fondais dans la pièce quand une autre vie s'anime, les êtres rationnels et froids ayant laissé leurs places..."

Au revoir parapluie (avril 2007)
"Comment écrire cette poésie ?

C’est comme un rêve étrange, un peu sombre, absurde, mais par on ne sait quelle magie tout a un sens…

C’est comme un conte, un peu léger, un peu cruel… Frémir et rire…

De l’enfance, tellement d’enfance… (se battre en duel avec des joncs, faire de la magie « pour de faux », jouer avec le fauteuil à bascule…) Des machines extraordinaires, des animaux fabuleux…

Noir, gris argent, rouge, or.

Mes rêves et mes musiques intérieurs… Un voyage vers mes mots silencieux."


Aujourd'hui, il parle de solitude, de ces mondes qu'on s'invente pour la rendre vivable, habitable. C'est au bord de la folie.

Par touches, il rappelle les spectacles précédents, en un lien implicite. Il annonce ce Raoul comme la fin d'un cycle.

C'est plus sombre, moins "tout fou", James a "vieilli" (c'est un trentenaire), mais le sourire, le rire, sont toujours là en filigrane, comme la pudeur d'un Charlie Chaplin.

C'est d'une beauté si somptueuse que les larmes m'ont rejointe. Je les ai gardées secrètes, m'efforçant à être imperméable aux commentaires (ce fut un triomphe d'applaudissements mais j'ai entendu - les oreilles devraient se fermer automatiquement après une telle émotion - des bémols), imperméable aussi à ces dames (qui pouvaient tenir debout 3 minutes) m'ayant demandé de m'asseoir alors que levée, je félicitais le travail de James, l'artiste émouvant de féérie.

Publié dans Baie des découvertes

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